La mobilité reliante est celle qui donne de la consistance au voyage, ou au simple déplacement d’un point à un autre. Toute forme de mobilité peut être reliante, c’est-à-dire lier et délier. Dans notre cas, le franchissement des kilomètres — qui correspond à la valeur transit, exprimée par trois adjectifs : vite loin beaucoup –, est également créateur de rencontres, de liens, mais aussi de « self-reliance », dans le rapport à soi-même.
Toutes ces considérations sur la mobilité nous les avons découvertes et comprises assez récemment au fil de nos lectures.

G. Amar

Ces dernières sont primordiales pour se préparer à partir, et c’est il y a quelques mois qu’un auteur est arrivé entre nos mains : Georges Amar. Cet article lui est consacré car il est l’élément déclencheur de notre projet.

Georges Amar se définit lui-même comme ingénieur polymathe. Elève puis chercheur à l’Ecole des Mines, il a été plusieurs années directeur de la prospective et de la conception innovante à la RATP. Il sort du cadre de l’ingénieur classique par son attirance vers la poétique et l’art, qu’il pratique et observe de son œil expert en mobilité.
Il voyage beaucoup, en Chine, en Inde, en se focalisant sur ce qu’il nomme « ses obsessions ». Parmi elles les gares et la danse, notamment la danse indienne qui le fascine. Il dirige l’institut de Géopoétique en France, une discipline sans disciplines, aux frontières abolies, une théorie nouvelle qui regarde le monde avec l’œil de la poésie, reliant art, science, économie, histoire, géographie, littérature, sciences sociales… La Géopoétique dessine un paradigme visionnaire car aujourd’hui nous avons besoin de réinventer l’exploration, non plus en accumulant les découvertes mais en se recentrant sur notre intériorité.

POUR EN SAVOIR PLUS
Sur la Géopoétique,
Le texte inaugural de Kenneth WHITE pour l’institut de géopoétique
Le texte fondateur de l’institut de géopoétiqueSur les travaux de Georges Amar,

  • L’Inde danse (2015)
  • Mobilités urbaines (2014)
  • Homo mobilis (2010)
  • Ars mobilis (2014)

C’est totalement au hasard qu’en mai 2016, j’achète Ars Mobilis en librairie, le titre m’a accroché, et les quelques lignes du dos également…. Je découvre alors des idées et des conceptions géniales, une nouvelle façon de concevoir la mobilité, tout un monde en fait, qui s’ouvre à nous, des possibilités…J’adhère totalement aux mots écrits…Qui plus est, ce livre intellectualisait ce qui était latent en nous, l’idée de transdisciplinarité, et plus encore, celle de la rencontre entre l’art et la science, entre Olivier, docteur en mécanique, et moi, historienne de l’art…Enfin un ouvrage qui nous réunissait, avec la mobilité comme ligne d’horizon. Conquis, nous nous abreuvons de cet ouvrage et d’autres, à tel point qu’une envie naît…Pouvoir rencontrer son auteur, lui parler de notre projet de voyage, recueillir son avis, son point de vue, l’interroger sur le Fil Conducteur…
C’est désormais chose faite aujourd’hui, et au sortir de cette fabuleuse rencontre, nous sommes plus motivés que jamais, rêveurs, songeurs, déterminés à entreprendre ce voyage à travers des problématiques nouvelles de la mobilité, celle qui fait se rencontrer art et technique, esthétique et mécanique, et tant d’autres domaines….
Deux points centraux évoqués durant notre entrevue :

    • Le constat de départ : notre voyage n’est en rien quelque chose de nouveau ni d’original. Aujourd’hui nous sommes des millions à voyager, faire le tour du monde, nous sommes hyper-mobiles, tout a été exploré, il n’y a donc rien d’intéressant à voyager si ce n’est le fait de le faire parce qu’on peut le faire. Or nous ne voulons pas être un couple de plus à s’extasier et mettre des photos de tous les « paradis sur terre », qui semblent dire « vous n’avez rien vu si vous n’avez pas vu ça ! ». On le fera certainement, mais cela n’apportera pas grand-chose de l’écrire sur un site internet alors qu’il y en a déjà cent de ce genre…. Si nous cherchons à donner une épaisseur à ce voyage, c’est non pas vers l’exploration mais vers nos propres personnalités qu’il faut se tourner. Partir de l’intérieur…Georges Amar nous dit que là se trouve une clé importante : nos deux domaines sont aux antipodes, on ne peut plus opposés : les maths, la mécanique, la science d’un côté, les arts, l’histoire, la littérature de l’autre. Les cases actuelles dans lesquelles se trouvent nos professions sont a priori hermétiques…On évolue dans deux mondes divergents. Il faudrait, grâce au prisme de la mobilité, chercher à les croiser ou du moins les mettre en parallèle, et observer…

 

  • Nous souhaitons rencontrer les conducteurs des trains afin d’observer leur façon de voir la mobilité, de leur poser des questions diverses sur leur mode de vie et leur métier, pour ainsi constituer un fil, un relais, entre les différents conducteurs des trains sur la route de la Soie : Georges Amar trouve le projet intéressant et nous propose de soulever quelques questions liées ou bien des digressions vers d’autres sujets de réflexions et d’observations. Ce sont ces dernières que nous allons développer dans cette rubrique, en petit articles….

 

  • Le train de Babel

    Lors de notre rencontre, Georges Amar aborde rapidement le terrain plutôt inattendu de la linguistique. Nous partons, très bien, mais avons-nous réfléchi à un point crucial de notre voyage, la langue ? L’anglais sera-t-il un sésame suffisant pour capter les témoignages des conducteurs de train ? Saura-t-on se faire comprendre ? Pourra-t-on réellement communiquer ? ...
  • Attitude et corps en mobilité

    Être en mobilité signifie également de pouvoir agir dans bien d’autres domaines, nous rejoignons là encore le principe de « reliance » ! Le pur transport (temps vitesse distance) s’accompagne de plusieurs phénomènes, dont l’un d’eux mérite notre attention : l’attente. La phase d’attente se rencontre à chaque action mobile, elle en constitue donc une ...
  • Saint Lazare-la Villetertre

    Le divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté. C’est en 1955 que l’Essai sur l’exotisme de Victor Ségalen, était publié, à titre posthume. Cet ouvrage nous est présenté par Georges Amar lors de notre entrevue. Nous discutions du voyage et du ...