La mobilité première, est celle des émotions : se mouvoir, s’émouvoir, transport des sens… Les mots de la mobilité sont d’abord employés pour définir une métamorphose : cette « augmentation du réel » (Georges Amar, Ars Mobilis) est le propre de tout voyage, qui n’est jamais purement physique, mais est aussi et peut être avant tout psychique.

Dans la capitale croate, nous avons visité un musée bien particulier : le musée des cœurs brisés, un projet mondial né à Zagreb et qui a également un jumeau à Los Angeles.

C’est lors de notre dernière journée dans la ville, sous un ciel gris et froid, que nous nous décidons à entrer dans ce musée, en ayant lu des bons commentaires sur internet, mais sans savoir réellement de quoi il s’agissait. Au premier coup d’œil, on se sent perplexe…Sont exposés dans des vitrines, sur des murs blancs, des objets de toutes sortes, anciens ou modernes qui n’ont à priori absolument rien de spécial, rien d’artistique, d’historique ou pédagogique…Puis peu à peu nous comprenons ; nous sommes bel et bien dans un musée dédié aux histoires d’amour, celles qui « finissent mal en général » . Les objets exposés sont des dons d’anonymes du monde entier, chaque objet est le symbole d’une relation amoureuse et raconte une histoire personnelle. Pour la visite, on nous distribue un livret où sont écrits tous les témoignages des propriétaires des objets.

Est-ce un coup de génie ou une jolie arnaque touristique ? On se pose la question, désorientés par ce lieu aux antipodes des habituelles collections muséales. Mais rapidement la magie opère, chacun se plonge dans sa bulle de lecture, et s’ouvre le film des histoires d’amour, les mots du livret prennent vie dans nos esprits, et les petits objets ridicules ou insignifiants des vitrines deviennent des trésors, marqueurs de l’amour, porteur de ce sentiment universel et tout-puissant.

Par exemple, une simple pince à linge devient bouleversante, lorsque le poème qui l’accompagne nous apprend qu’il s’agissait de la dernière chose que la mère de l’auteur tenait en main avant sa mort.

Autre objet, autre histoire, plus légère cette fois, celle d’une relation à distance qui n’a pas tenu…L’objet, un mille patte en peluche, servait de compteur : à chaque fois qu’ils se voyaient les amoureux arrachaient une patte à la peluche, et tous deux avaient prévu que la dernière patte arrachée serait pour eux le moment de vivre ensemble pour de bon…Le mille pattes en vitrine a encore quelques pattes…

Ou encore des escarpins rouges, un ballon de foot, un lecteur mp3, un T-shirt, un journal intime…Autant d’objets, autant d’histoires, tragiques, violentes ou comiques, dans lesquelles nous plongeons irrésistiblement.

Nous sortons du musée comme après une bonne séance de cinéma, le cœur gros mais solide, et le sentiment d’être reliés les uns aux autres, de faire partie de cette humanité dont la capacité d’amour transcende toutes les différences.

Pari réussi pour ce musée insolite, qui sans être un attrape-touriste, nous fait passer un moment agréable tout en nous immergeant dans nos émotions profondes, il nous fait aussi voyager dans le temps et l’espace, par les dons venus du monde entier, et les époques différentes que les  objets traversent (depuis les années 1920 jusqu’à aujourd’hui)

Pour illustrer la mobilité à Zagreb, nous avons ainsi choisi de parler de cette visite spéciale, un moment de mobilité pure, cette mobilité transdimensionnelle qui nous fait ressentir les transformations humaines du cœur.

4 thoughts on “Zagreb, museum of broken relationships la mobilité première !”

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