Notre première étape est lyonnaise. C’était une évidence, nous commencerions la route de la soie par son terminus. En hiver 2016, un train chinois est parti de Wuhan et est arrivé à Lyon, renouant avec les anciennes voies commerciales ! Il faut dire que la Chine est « à fond » sur ce projet, visant à renforcer la ceinture économique entre Asie et Europe au détriment des Etats-Unis…

Mais aujourd’hui nous ne parlerons pas de géopolitique, nous avons rendez-vous à Lyon à la maison des Canuts avec son responsable Philibert Varenne.

Durant une heure, nous rencontrons un homme passionné et engagé, qui nous a  expliqué son métier avec générosité et enthousiasme.

La maison des Canuts a été reprise après sa liquidation en 2003 par Philibert et son épouse Virginie, tous deux travaillant à la croix rousse en tant que soyeux (i.e. commerçants de soie lyonnaise).

Philibert Varenne raconte avec passion l’histoire de la ville : il nous montre que Lyon, autrefois la ville la plus importante du Monde pour le textile et en particulier la soie, n’a rien perdu de ses capacités et que Lyon a encore tous les savoir faires pour redevenir un acteur majeur du textile. Aujourd’hui, il y a 20 000 personnes qui travaillent dans le textile et 2000 de plus chaque année !

Philibert raconte aussi l’histoire de ses ancêtres. Avant lui, son père et son grand père travaillaient également le textile. Mais c’est l’histoire de son arrière-grand-père qui nous a le plus accrochés. Parti du bas de l’échelle, il l’a gravie pour devenir commerçant et a voyagé dans le monde entier pour vendre ses tissus. Son portrait est accroché dans les bureaux, comme un lien émouvant entre passé et présent.

Lors de cette entrevue, nous comprenons que la soie est bien plus qu’un simple fil de cocon : elle comporte en elle toute une mythologie depuis son invention (la légende de la princesse chinoise dévidant un cocon tombé dans sa tasse de thé) jusqu’à sa diffusion (les routes périlleuses vers l’inconnu). Cette dimension mythologique continue aujourd’hui, car il y a à travers les mots de Philibert Varenne une sorte de magie qui se dégage : la soie comme un trésor, la soie qu’on sauve de l’oubli, le tissage comme un acte magique où l’importance du son et du toucher sont racontés avec précision…toutes les étapes autour de la soie sont comme des rituels merveilleux, les mots eux-mêmes sont extraordinaires par leur étrangeté : la navette, le brochet, le passementier, le cafard, la canette, l’ourdissage et tant d’autres mots inconnus que nous entendons comme des incantations, tandis que les fils de trame et les fils de chaîne s’entremêlent dans nos esprits…

Pour Philibert Varenne, le tissage est une musique, et nous partageons ici quelques extraits sonores du métier à tisser de la maison des Canuts, restauré du XIXe siècle. Un chef aux commandes de l’orchestre magique de fils et de bobines !

Notre première étape nous ancre ainsi au cœur de notre aventure et nous fait rencontrer la mobilité sous toutes ses formes. Reliante, par la rencontre d’un homme passionné, qui lui-même nous emmène à la rencontre du temps, l’histoire de la soie. Mentale,  par cette même soie qui emporte notre imagination vers un monde merveilleux, et géographique, par ces routes qui s’ouvrent à nous, au départ de Lyon, ville mondiale du commerce, et de ce fait, du voyage.

 

Extraits sonores en bonus recueillis lors des démonstrations des métiers Jacquards, automatisés cette fois,  de l’association Soierie Vivante

 

3 thoughts on “Maison des canuts, Philibert Varenne”

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