Être en mobilité signifie également de pouvoir agir dans bien d’autres domaines, nous rejoignons là encore le principe de « reliance » ! Le pur transport (temps vitesse distance) s’accompagne de plusieurs phénomènes, dont l’un d’eux mérite notre attention : l’attente. La phase d’attente se rencontre à chaque action mobile, elle en constitue donc une étape à ne pas négliger : nous attendons le bus, l’heure d’arrivée du train, nous sommes dans l’attente d’arriver à destination, assis à ne « rien faire » ou bien nous profitons pour justement nous prêter à diverses activités pour « occuper » le voyage. Comment attendons-nous ? Que faisons-nous pendant ce temps mobile ? Sommes-nous réellement actifs ? On peut distinguer deux types d’attente :

  1. 1’attente de l’arrivée du train, bus, taxi, ou autre moyen de transport. C’est l’attente dans sa définition stricte, « rester en un lieu, l’attention étant fixée sur quelqu’un ou quelque chose qui doit venir ou survenir » (définition du CNRTL)
  2. l’attente de l’arrivée à destination, la période mobile proprement dite. Sommes-nous des individus « fixes » dans un contexte mouvant, ou bien nous-mêmes « mobilis in mobile »  (mobiles dans l’élément mobile), comme le disait Jules Vernes ?

Pour le premier cas, Georges Amar nous conseille de nous prêter à l’observation pure, sans interaction. Comme nous ne pouvons pas nous glisser à l’intérieur du cerveau des futurs passagers, nous tenterons d’observer leurs attitudes et leurs postures : sont-ils calmement assis, éprouvent-ils de l’impatience, semblent-ils anxieux ou rêveurs ? Que font-ils de leurs mains, leurs pieds, leurs visages ? Que regardent-ils ? Ces observations simples nous permettront peut-être d’entrevoir des différences ou des similitudes selon les lieux traversés et d’esquisser une sorte de cartographie des attitudes et des postures de l’attente…Il s’agirait ici de faire appel à notre sens de l’observation et d’exercer nos yeux et nos oreilles à capter les rumeurs et les humeurs…

Georges Amar partage alors une de ces observations. Les passagers chinois ont la particularité d’être parfaitement calmes et impassibles tant que le train n’est pas là, qu’il y ait ou non un retard annoncé. En revanche une fois le train à quai s’ensuit une véritable cohue, faite de bousculades et de compressions en tout genre. On se pousse, on force, c’est une sorte de lutte à qui arrivera à rentrer le premier dans le train ! Par comparaison en France, l’attitude semble être inversée : les passagers éprouvent facilement de l’impatience, de l’agacement, ils piétinent, regardent avidement le quai espérant apercevoir les phares de la locomotives poindre à l’horizon…Personnellement j’avoue me sentir fébrile lorsque j’attends un train, le doute m’assaille viendra-t-il à l’heure ? Je peste également facilement lorsqu’un incident se produit…Et quand le train arrive, le calme revient, comme un soulagement. On se place alors aux ouvertures en laissant descendre les voyageurs. Bref, tout en veillant à ne pas rentrer dans des catégorisations trop hâtives, il serait intéressant de mener cette enquête sur la façon dont les voyageurs patientent….ou s’impatientent !

(Stringer/Reuters)
(source: 20min.ch)

 

 

 

 

 

 

Pour le 2e cas, nous fonctionnerons de la même façon, en listant les différentes activités pratiquées par les voyageurs : ici il ne s’agit plus d’attendre « de pieds fermes », mais d’occuper le temps de la mobilité, de patienter par diverses activités. Lister ces activités se révèlera possiblement intéressant, et nous pourrons surement distinguer des points communs qui semblent déjà poindre dans nos esprits. Elles sont en effet en rapport avec un certain recentrement sur soi : lire, écrire, dormir, regarder dehors, jouer, penser, tricoter ou écouter de la musique nous relient en notre for le plus intérieur. L’endormissement est ainsi un acte qui semble dénué de toute mobilité…Et pourtant c’est peut-être le plus mobile qui soit ! Tout voyage entraîne à un moment donné une somnolence, qui est elle aussi un voyage. Dormir c’est partir dans un autre monde, être emporté par le fleuve de la rêverie. Le bercement provoqué par le transport nous ramène à un état de plénitude et de jouissance primitive, celle du fœtus. Dès le 1er trimestre le fœtus baille, calé au fond de sa poche, bercé…Certes, certains transports sont plus propices à cet état flottant que d’autres…Personnellement c’est sur la ligne 1 du métro parisien, entre les stations Concorde et La Défense que je retrouve facilement cette sensation : le trajet en ligne droite et le refrain du train –freinage/arrêt/démarrage/vitesse/freinage– m’endorment à tous les coups ! Enfin, cela n’est pas réservé qu’au passager « passif » : l’action de pédaler par exemple est aussi propice à une certaine rêverie, une sorte de méditation qui produit en nous une félicité légère…On retrouve ce phénomène chez les moines bouddhistes qui pratiquent la méditation en marchant, ou encore pendant la randonnée, qui permet bien souvent à l’esprit de s’apaiser.

Ces observations nous montrent que le champ de la mobilité va bien au-delà du pur déplacement. Elle nous relie à nous-mêmes ainsi qu’aux autres. En observant les attitudes et les postures en mobilité, nous contribuons à souligner son épaisseur et son importance dans nos vies humaines !

One thought on “Attitude et corps en mobilité”

  1. Eh bien, en attendant de partir, votre esprit galope déjà ! Cette rencontre que vous attendiez tant a eu l’air de vous mettre sur la voie de multiples observations et sujets d’étude !
    Je m’abonne à votre blog pour ne rien perdre de ce qui va suivre, car le départ s’approche à grands pas !
    Bises, Françoise.

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